Poser un solin sur toiture : l’abergement de cheminée pas à pas

1
156

Une auréole brune s’élargit au plafond de l’étage, toujours au même endroit, toujours après une pluie battante poussée par le vent. Au grenier, la trace descend le long du conduit de cheminée. Ce tableau se joue le plus souvent là où la couverture rencontre la maçonnerie, et la pièce qui manque ou qui a lâché porte un nom : le solin de toiture, ou plus exactement l’abergement de cheminée, l’habillage étanche qui ceinture le conduit. Sa pose ne demande ni chalumeau ni compagnonnage, à condition de respecter un ordre précis et trois cotes qui ne se négocient pas.

Vérifier d’où vient l’eau avant d’acheter quoi que ce soit

Le solin est le suspect évident, pas toujours le coupable. Les boisseaux en terre cuite sont poreux par nature : par pluie longue, le corps de cheminée peut boire l’eau et la restituer côté grenier sans qu’aucune pièce de zinguerie soit en cause. Un chapeau de cheminée fissuré produit la même trace, en plein milieu du conduit plutôt que sur ses flancs.

Trois contrôles à faire depuis le grenier, lampe en main, pendant une pluie ou juste après :

  • l’eau perle au ras des tuiles, sur le pourtour du conduit : abergement défaillant, l’article traite ce cas ;
  • le boisseau est humide sur toute sa hauteur, du plafond jusqu’au faîte : porosité du conduit ou chapeau, un hydrofuge ou un chapeau neuf coûtera moins cher qu’un abergement ;
  • la trace part du haut du versant, loin du conduit : chercher plutôt du côté d’un faîtage à refaire, dont les closoirs fatigués laissent passer l’eau de vent.

Un dernier faux coupable mérite deux minutes d’inspection : une gouttière qui déborde fait remonter l’eau sous le premier rang de tuiles et imite une fuite de toiture. Le diagnostic vaut la peine : un abergement complet représente 150 à 350 € de fourniture, autant ne pas le poser pour rien.

Cheminée en brique traversant une toiture en tuiles, zone du solin à inspecter

Les quatre pièces de l’abergement, et l’ordre qui change tout

Un abergement n’est pas une bande unique enroulée autour du conduit. C’est un assemblage de quatre pièces, chacune avec un rôle :

  • la bavette d’aval, côté gouttière, qui recouvre les tuiles sous le conduit ;
  • les noquets, les deux pièces latérales glissées entre les rangs de tuiles ;
  • la besace (ou derrière de cheminée), côté faîtage, qui reçoit toute l’eau du versant et la répartit de part et d’autre du conduit ;
  • le porte-solin, la bande fixée dans la maçonnerie qui coiffe les relevés des trois autres.
Schéma vu de dessus des quatre pièces de l'abergement de cheminée et de leur ordre de pose

La règle qui gouverne tout l’assemblage tient en une phrase : l’élément du haut recouvre l’élément du bas. Une couverture fonctionne comme des écailles, l’eau doit toujours tomber sur une pièce, jamais rencontrer un joint qui monte. La pose se fait donc de l’aval vers l’amont, bavette d’abord, besace en dernier. Inverser deux pièces condamne l’ensemble : un noquet posé par-dessus la besace crée une entrée d’eau que le meilleur mastic du monde ne rattrapera pas.

Reste le choix du matériau. Le zinc de 0,65 mm tient 40 à 50 ans et reste la référence, mais façonner soi-même une besace demande pliage et soudure à l’étain. D’où la recommandation, assumée : pour un boisseau standard, préférez un kit d’abergement réglable. Les modèles universels couvrent les conduits de 30 x 30 à 53 x 53 cm et les pentes de 45 à 100 %, avec une jupe en plomb plissé de 5/10e qui se maroufle sur le galbe des tuiles au maillet. Les quatre pièces coulissent et se recouvrent d’au moins 30 mm : zéro soudure sur le toit. Au-delà de 53 cm de boisseau, il existe des kits jusqu’à 110 cm, et passé cette taille le zinc façonné par un couvreur redevient la seule voie sérieuse.

Le solin au mortier seul, encore courant sur les maisons anciennes, est à écarter d’emblée : une charpente bouge en permanence sous le vent et les écarts de température, le mortier ne suit pas, il fissure. C’est précisément le scénario des toits de l’après-guerre, raccords cimentés en 1950 et fissurés depuis.

La pose pas à pas, avec les cotes

Compter une demi-journée pour un conduit standard, par temps sec et sans vent, avec un harnais dès que la pente dépasse 30°. Le kit choisi doit correspondre au périmètre exact du boisseau, mesuré au sol sur les quatre faces avant l’achat.

Étape 1 : dégager le pourtour du conduit

Déposer les tuiles sur un rang complet autour de la cheminée, deux rangs côté aval. Retirer l’ancien solin et purger tout mortier au burin jusqu’à retrouver la maçonnerie saine. Sur un vieux raccord cimenté, la purge prend souvent plus de temps que la pose elle-même : un ciment de 70 ans s’accroche par plaques, et chaque plaque laissée en place empêchera la nouvelle bavette de plaquer.

Étape 2 : poser la bavette d’aval

Présenter la bavette contre la face aval du conduit, relevé plaqué sur la maçonnerie. La partie basse recouvre les tuiles du rang inférieur sur 15 cm dans le sens de la pente. Maroufler le plomb plissé sur le galbe des tuiles avec un maillet, sans percer : toute fixation traversante en zone d’écoulement est une fuite en devenir.

Étape 3 : monter les noquets

Glisser chaque noquet entre deux rangs de tuiles, comme une tuile supplémentaire, en remontant du bas vers le haut. Le relevé vertical contre le boisseau garde 10 cm de hauteur minimum, et chaque noquet recouvre le précédent d’au moins 30 mm. Les tuiles latérales reviennent par-dessus la partie horizontale du noquet, jamais dessous.

Étape 4 : coiffer avec la besace

La besace se pose en dernier, côté faîtage. Sa plaque remonte sous les tuiles amont, qui viennent s’appuyer dessus, et ses deux ailes recouvrent le haut des noquets. C’est la pièce qui encaisse toute l’eau du versant : vérifier que rien ne peut stagner derrière le conduit, l’eau doit être renvoyée à droite et à gauche sans obstacle.

Étape 5 : engraver le porte-solin

Tracer un trait horizontal sur la maçonnerie, 2 à 3 cm au-dessus du bord haut des relevés. Tailler une saignée à la disqueuse équipée d’un disque diamant, sur 2 cm de profondeur, en suivant la pente pour les faces latérales. Encastrer le bord replié du porte-solin dans l’engravure, puis le cheviller à la maçonnerie avec des chevilles à frapper, à travers sa partie plane uniquement. Le même geste d’engravure sert à poser un solin contre un mur crépi en pied de versant, où la saignée se taille dans l’enduit : la logique est identique, seul le support change.

Étape 6 : mastiquer et refermer

Combler l’engravure au mastic polyuréthane pour maçonnerie, en cordon continu, lissé à la spatule. Reposer les tuiles déposées, contrôler qu’aucune ne repose en porte-à-faux sur une pièce de zinc. Puis arroser tout le pourtour au tuyau, dix minutes, en observant depuis le grenier : c’est le seul test qui vaille avant la prochaine pluie battante.

Coupe technique de l'engravure du porte-solin dans le boisseau avec cotes de pose

Les trois réparations qui aggravent la fuite

Sur les forums comme sur les toits, les mêmes raccourcis reviennent, et ils coûtent cher.

Le silicone sanitaire d’abord. Un cordon de cartouche sur la fissure du solin semble régler l’affaire pour 6 €. Sous les UV et le gel, ce silicone durcit, se rétracte et craquelle en moins d’un an. Pire, il masque le chemin de l’eau : la fuite continue derrière le cordon et ressort un mètre plus loin, ce qui rend le diagnostic suivant plus difficile. Seul le mastic PU maçonnerie, conçu pour rester souple sur support minéral, tient dans le temps, et uniquement en fond d’engravure, pas en pansement de surface.

La mousse expansive ensuite, injectée par l’intérieur du grenier pour boucher le jour entre boisseau et tuiles. Cas documenté sur une maison de 1947 : la mousse boit l’eau comme une éponge, la garde au contact de la charpente et transforme une fuite visible en pourrissement invisible. Tout est à démolir derrière.

Le rechargement au mortier enfin. Recimenter par-dessus un solin mortier fissuré reproduit la cause de la panne : le nouveau mortier fissurera au même endroit, au premier hiver ou presque, puisque la charpente n’a pas cessé de bouger. Un raccord maçonné qui a lâché se remplace par de la zinguerie, il ne se recharge pas.

Le matériel exact et son budget

Le panier complet pour un conduit standard de 40 x 40 cm, pente courante, tuiles à emboîtement :

Poste Choix conseillé Budget
Abergement Kit zinc réglable 30 à 53 cm, jupe plomb plissé 150 à 350 €
Alternative sans plomb Bande souple polyisobutylène (rouleau 5 m) 80 à 150 €
Étanchéité Mastic PU maçonnerie, 1 à 2 cartouches 10 à 20 €
Fixation Chevilles à frapper 6 x 40, une boîte 8 à 12 €
Outillage Disque diamant 125 mm, maillet, cisaille 30 à 60 €
Sécurité Harnais + longe (location possible) 25 à 40 €/semaine

Soit 230 à 480 € en fourniture pour un travail qui tient 40 ans en zinc, contre 400 à 800 € posé par un couvreur, et 200 à 500 € pour une simple reprise de solin par un professionnel. L’écart finance largement la demi-journée passée sur le toit, à une condition : ne monter qu’attaché, et renoncer sans état d’âme au-delà de 45° de pente ou par vent soutenu. Une auréole au plafond se répare. Une chute de toit, non.

1 COMMENTAIRE

Les commentaires sont fermés.