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Coller du carrelage sur du carrelage : le guide pour ne pas tout rater

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Votre carrelage date des années 90 et vous n’avez aucune envie de passer le week-end à tout arracher au burin ? Bonne nouvelle : poser du carrelage sur un ancien carrelage est tout à fait faisable, à condition de respecter quelques règles précises. Mal préparé, le nouveau revêtement se décolle en quelques mois. Bien exécuté, il tient aussi longtemps qu’une pose classique sur chape. Ce guide détaille chaque étape, du diagnostic initial jusqu’au jointoiement, avec les pièges concrets à éviter.

Ce qu’il faut vérifier avant de commencer

Avant d’acheter le moindre matériau, trois points méritent une inspection sérieuse.

L’état de l’ancien carrelage. Munissez-vous d’un maillet en caoutchouc et tapotez chaque carreau. Un son creux signale un carreau décollé de la chape. Si plus de 10 à 15 % de la surface sonne creux, mieux vaut tout déposer plutôt que de superposer. Quelques carreaux isolés qui bougent ? Retirez-les, grattez l’ancienne colle, recollez-les au mortier-colle et laissez sécher 24 heures.

La planéité du sol. Posez une règle de maçon de 2 mètres sur la surface. L’écart toléré ne dépasse pas 3 mm sous la règle pour des carreaux de format standard (30×30 ou 45×45). Pour du grand format (60×60 et au-delà), la tolérance descend à 1 mm. Si le sol présente des creux plus importants, un ragréage autolissant s’impose avant toute chose.

La surépaisseur finale. Colle + nouveau carreau ajoutent entre 15 et 20 mm d’épaisseur au sol existant. Testez immédiatement l’ouverture de vos portes : beaucoup de bricoleurs l’oublient et se retrouvent à raboter ou scier les bas de porte après coup. Dans une pièce avec un plafond déjà bas (sous 2,40 m), cette surélévation peut aussi donner une sensation d’écrasement.

Quand renoncer à la superposition

Illustration

Certaines situations rendent la pose sur ancien carrelage déconseillée. Un sol présentant des fissures structurelles actives (celles qui s’élargissent avec le temps) transmettra ses mouvements au nouveau revêtement. Un carrelage posé sur un plancher chauffant ancien nécessite une vérification de compatibilité : la surépaisseur réduit la transmission de chaleur d’environ 15 à 20 %, ce qui peut rendre le chauffage inefficace. En extérieur, sur une terrasse exposée au gel, la superposition multiplie les risques de décollement par cycles gel/dégel.

Étape 1 : préparer le support existant

La préparation représente 70 % de la réussite d’une pose sur carrelage. Bâcler cette phase condamne le résultat.

Reboucher les défauts. Comblez les trous, fissures et éclats avec du mortier de réparation. Nettoyez immédiatement les excédents à l’éponge humide. Comptez 12 à 24 heures de séchage selon le produit.

Dégraisser et nettoyer. Lessivez toute la surface avec un détergent alcalin (type lessive Saint-Marc diluée). Les résidus de graisse, surtout en cuisine, empêchent toute adhérence correcte. Rincez abondamment à l’eau claire et laissez sécher complètement.

Poncer les carreaux émaillés. Si vos anciens carreaux présentent une surface brillante et lisse, un passage à la ponceuse orbitale avec un abrasif de grain 80 à 100 crée la rugosité nécessaire à l’accroche. Dépoussiérez soigneusement après ponçage, idéalement à l’aspirateur.

Étape 2 : appliquer le primaire d’accrochage

L’ancien carrelage est un support non poreux. La colle ne peut pas pénétrer dans la surface comme elle le ferait sur une chape béton. Le primaire d’accrochage (ou primaire d’adhérence) crée une interface chimique entre le support lisse et le mortier-colle.

Appliquez-le au rouleau à poils courts en une passe régulière, sans laisser de manque. Le temps de séchage varie de 1 à 4 heures selon la température et l’humidité ambiante. Sur un support très fermé (carrelage émaillé brillant), comptez plutôt 4 à 6 heures. Le film doit être sec et non collant au toucher avant d’enchaîner.

Piège fréquent : poser la colle avant que le primaire soit totalement sec. Le résultat semble correct le premier mois, puis les carreaux commencent à sonner creux. C’est irréversible.

Certaines colles haut de gamme de classe C2S revendiquent une pose sans primaire. Cette option fonctionne, mais uniquement si la couche de colle est suffisamment épaisse (au moins 5 mm) et que le support est parfaitement propre. Pour un bricoleur occasionnel, le primaire reste la solution la plus fiable.

Étape 3 : choisir la bonne colle

Toutes les colles à carrelage ne conviennent pas. La norme à respecter est la classe C2 (adhérence améliorée), conformément à la norme EN 12004. En salle de bains ou en cuisine, privilégiez une colle classée C2 ET (temps ouvert allongé) qui laisse plus de marge pour ajuster les carreaux.

Le choix de la taloche crantée dépend du format des carreaux :

Carreaux jusqu’à 500 cm² (environ 20×25) : taloche à dents carrées 9×9 mm , encollage simple du support
Carreaux au-delà de 30×30 : double encollage obligatoire (colle sur le support ET au dos du carreau), taloche à dents demi-lune 20×8 mm au sol

Le double encollage n’est pas une option pour les grands formats. Sauter cette étape laisse des poches d’air sous le carreau. Au sol, ces vides provoquent des cassures sous l’effet du poids. Au mur, le carreau finit par se décoller, parfois des mois après la pose.

Étape 4 : poser les nouveaux carreaux

Le geste de pose reste identique à une pose classique, avec quelques particularités liées à la superposition.

Décaler les joints. Les joints du nouveau carrelage ne doivent jamais coïncider avec ceux de l’ancien. Décalez d’au moins un tiers de la largeur du carreau. Les anciens joints constituent des points de faiblesse : si un mouvement se produit, il se transmet directement au nouveau carreau aligné au-dessus.

Commencer par le fond de la pièce. Posez en reculant vers la porte pour ne pas marcher sur les carreaux fraîchement collés. Mélangez les carreaux de 3 paquets différents pour éviter les variations de teinte visibles, même sur des lots censés être identiques. Les tolérances de couleur entre lots existent chez tous les fabricants.

Battre chaque carreau. Positionnez le carreau dans son lit de colle et tapotez-le fermement avec une batte de carreleur ou un maillet en caoutchouc. Vérifiez l’alignement avec des croisillons et contrôlez la planéité à la règle tous les 4 à 5 carreaux.

Nettoyer au fur et à mesure. Les traces de colle qui sèchent sur la surface du carreau deviennent très difficiles à enlever après 2 heures. Un passage d’éponge humide régulier évite ce problème.

Étape 5 : jointoyer et finaliser

Attendez 24 heures minimum après la pose avant de réaliser les joints. Certaines colles exigent 48 heures. Vérifiez les indications du fabricant. Retirez tous les croisillons et vérifiez que les joints sont propres et exempts de colle.

Utilisez un mortier de jointoiement souple (flexible), surtout pour une pose sur ancien carrelage. La rigidité d’un joint classique supporte mal les micro-mouvements liés à la double couche de carrelage. Étalez le mortier à la raclette en caoutchouc par petites surfaces de 1 à 2 m², en diagonale par rapport aux joints.

Après le jointoiement, attendez le temps prescrit par le fabricant avant de circuler normalement. Comptez en général 48 à 72 heures pour un usage intensif du sol.

Erreurs fréquentes à éviter

  • Poser sur un ancien carrelage qui sonne creux à plus de 15 % de sa surface
  • Oublier le primaire d’accrochage sur des carreaux émaillés brillants
  • Aligner les nouveaux joints sur les anciens
  • Utiliser une colle standard (C1) au lieu d’une colle C2 à adhérence améliorée
  • Négliger la surépaisseur et découvrir après coup que les portes ne ferment plus
  • Jointoyer trop tôt, avant séchage complet de la colle

Un chantier accessible si la préparation est soignée

Coller du carrelage sur du carrelage permet d’économiser une journée entière de démolition et d’évacuation de gravats. Le résultat tient dans le temps à une seule condition : ne pas rogner sur la préparation du support. Un primaire bien appliqué, une colle de classe C2 et un décalage des joints suffisent à garantir une pose durable. Avant de vous lancer, faites le test du maillet sur toute la surface. Si l’ancien sol passe cette épreuve, le plus dur est déjà fait.