Un câble Ethernet contient huit fils répartis en quatre paires torsadées, et l’ordre dans lequel ces fils sont sertis dans le connecteur change tout. Une seule paire mal placée et c’est la panne réseau ou un débit divisé par dix. Deux normes mondiales encadrent ce raccordement : la T568A et la T568B. Elles aboutissent à un câble identique sur le plan électrique, mais ne se mélangent pas. Voici comment lire ces couleurs sans hésitation, quelle séquence suivre pour votre installation, et où se cachent les pièges qui font perdre des heures aux bricoleurs comme aux techniciens.
La norme T568A en détail
La norme T568A suit cet ordre, de la broche 1 à la broche 8 : blanc-vert, vert, blanc-orange, bleu, blanc-bleu, orange, blanc-marron, marron. La paire verte (broches 1 et 2) porte les signaux d’émission. La paire orange (broches 3 et 6) gère la réception. Les paires bleue et marron restent inutilisées pour un trafic Ethernet classique en 100 Mbit/s, mais elles transportent l’alimentation dans une infrastructure PoE (Power over Ethernet), typique des caméras IP ou des téléphones VoIP.

Cette norme conserve une compatibilité avec les anciens systèmes téléphoniques USOC sur deux paires, ce qui explique sa présence dans les bâtiments fédéraux américains et certaines installations anciennes. En France, vous la rencontrerez surtout sur des installations résidentielles antérieures à 2010, ou sur des câbles UTP non blindés livrés en kit grande surface.
La norme T568B et pourquoi elle domine en France
La T568B inverse les paires orange et verte par rapport à la T568A. L’ordre devient : blanc-orange, orange, blanc-vert, bleu, blanc-bleu, vert, blanc-marron, marron. La paire orange passe sur les broches 1 et 2, la paire verte sur les broches 3 et 6. Aucune autre couleur ne change.

Ce câblage s’est imposé comme le standard de fait dans la quasi-totalité des installations neuves françaises. Les normes NF EN 50173-1 , NF EN 50173-2 et NF C 15-100 orientent les intégrateurs vers ce schéma, notamment pour le câblage des baies de brassage 19 pouces et des prises murales en logement neuf. Achetez aujourd’hui une bobine de câble Cat6 monobrin chez un distributeur français : le schéma imprimé sur la notice ou la prise Keystone fournie sera presque toujours en T568B.
Choisir le T568B simplifie toute intervention future. Un technicien qui ouvre votre coffret de communication s’attend à trouver cette séquence. Toute autre configuration ralentit le diagnostic et augmente le risque d’erreur de raccordement lors d’une extension.
T568A vs T568B : la comparaison broche par broche
Le tableau ci-dessous récapitule la différence exacte entre les deux normes. Les broches 4, 5, 7 et 8 sont identiques dans les deux cas.
| Broche | T568A | T568B |
|---|---|---|
| 1 | Blanc-vert | Blanc-orange |
| 2 | Vert | Orange |
| 3 | Blanc-orange | Blanc-vert |
| 4 | Bleu | Bleu |
| 5 | Blanc-bleu | Blanc-bleu |
| 6 | Orange | Vert |
| 7 | Blanc-marron | Blanc-marron |
| 8 | Marron | Marron |
Les performances réseau sont rigoureusement identiques : 1 Gbit/s en Cat5e, 10 Gbit/s en Cat6a, peu importe la norme retenue. La règle absolue tient en une phrase : utiliser la même séquence aux deux extrémités du câble. Sertir un côté en T568A et l’autre en T568B crée mécaniquement un câble croisé, vestige des connexions PC à PC d’avant 2005. Sur du matériel moderne équipé d’Auto MDI-X, ce câble fonctionnera quand même, mais il faussera tout dépannage ultérieur.
L’erreur la plus fréquente chez les bricoleurs vient de cette inversion involontaire : on commence un câble en T568B, on est interrompu, puis on reprend l’autre extrémité avec le schéma trouvé sur un autre site qui montre la T568A.
Câble droit ou croisé : quelle configuration pour quel usage
Un câble droit utilise la même norme aux deux bouts. C’est le format universel pour relier un PC à une box, une console à un switch, un téléviseur à un routeur. Plus de 95 % des câbles Ethernet en circulation sont des droits en T568B des deux côtés.

Un câble croisé combine T568A à une extrémité et T568B à l’autre. Il était nécessaire jusqu’au début des années 2000 pour relier deux PC entre eux ou deux switchs sans intermédiaire. La technologie Auto MDI-X , intégrée à toutes les cartes réseau et tous les switchs vendus depuis 2010, détecte automatiquement la configuration et inverse les paires en interne. Conséquence : le câble croisé est obsolète pour 99 % des usages domestiques et professionnels.
Pour qui, dans quel cas choisir l’une ou l’autre
Trois cas justifient encore le choix de la T568A.
Une installation existante déjà câblée en T568A. Mélanger les deux normes dans un même réseau alourdit la maintenance et multiplie les risques d’inversion. Prolonger l’existant reste plus sûr.
Un contrat avec une administration américaine ou un bâtiment fédéral. Le cahier des charges l’impose explicitement.
Un système téléphonique analogique partageant l’infrastructure. La T568A reste compatible avec une paire USOC, ce que la T568B ne propose pas.
Dans tous les autres cas, le T568B est le choix par défaut. Ce repère vaut pour le particulier qui équipe sa maison neuve, le professionnel qui installe un réseau de bureau, ou le bricoleur qui refait une prise murale isolée. Une seule règle à graver : noter la norme retenue sur l’étiquette du panneau de brassage et dans la documentation du logement, pour éviter qu’un futur technicien ne reparte d’un autre schéma.
Les pièges techniques qui ruinent un câblage parfait
Le respect du code couleur ne garantit rien si le câble ou le connecteur est inadapté. Trois erreurs reviennent en boucle dans les installations ratées.
Sertir du multibrin dans un connecteur prévu pour du monobrin. Les câbles ronds de qualité (Cat6 U/FTP, AWG23) sont rigides et glissent dans les broches. Les câbles fins vendus en grande surface ou récupérés sur un patch préfabriqué se tordent au moment de l’insertion et ne perforent pas correctement les contacts. Comptez 25 à 35 € pour 25 mètres de câble Cat6 monobrin de qualité, contre 10 à 15 € pour un câble multibrin trop souple à sertir proprement.
Utiliser un connecteur AWG24 sur un câble AWG23. Les calibres ne correspondent pas et les fils ne descendent pas jusqu’au fond du connecteur, même en forçant. Vérifier la compatibilité indiquée sur l’emballage avant l’achat évite cette galère récurrente.
Négliger le test final. Un testeur de continuité RJ45 coûte 15 à 25 € et révèle en quelques secondes une paire inversée ou un mauvais contact. Sans testeur, le diagnostic se fait par essais successifs sur l’équipement, avec des heures perdues.
Pour les débutants, l’usage de connecteurs traversants (les fils dépassent du connecteur avant le sertissage, qui les coupe ras) divise par trois le taux d’erreur visible. Les prises Keystone femelles, raccordées à l’aide d’un outil d’impact, restent encore plus tolérantes et constituent la voie recommandée pour le câblage mural permanent.
En résumé : la séquence à mémoriser
Pour un câble droit standard en T568B, l’ordre de gauche à droite, languette du connecteur vers le bas et fils visibles : blanc-orange, orange, blanc-vert, bleu, blanc-bleu, vert, blanc-marron, marron. Cette séquence couvre la quasi-totalité des besoins domestiques et professionnels actuels. Elle reste valable pour tout câble Cat5e, Cat6, Cat6a ou Cat7. Une fois sertie aux deux extrémités et vérifiée au testeur, elle garantit un débit jusqu’à 10 Gbit/s sur des longueurs allant jusqu’à 100 mètres.








